Lorsque Julien Basimika avait 10 ans, le peuple autochtone Batwa – y compris le clan Bakanga de sa famille – a été contraint de quitter ses terres traditionnelles pour faire place à l’expansion du parc national de Kahuzi Biega dans l’est de la RD Congo. Son père a même accepté d’aider les géomètres à délimiter les limites du parc, sans comprendre ce qui se passait.

Ainsi en 1975, quelque 6 000 Batwa, chasseurs et cueilleurs appelés Pygmées, ont été chassés et abandonnés à leur triste sort en périphérie de la société rurale. Sans compensation, sans terres alternatives, et sans accès aux ressources économiques, à la sécurité alimentaire, à l’éducation moderne ou à leur culture traditionnelle basée sur la terre, les Batwa croupissaient dans une pauvreté abjecte.

En 1980, l’UNESCO a désigné cette triste situation comme site du Patrimoine Mondial.

Avance rapide jusqu’en 2021 : la situation est maintenant pire, le conflit s’est développé et rien n’a été résolu. Mais les Batwa ne sont pas seuls. Partout dans le monde, des « aires protégées » ont été saisies et désignées pour la conservation aux dépens des peuples autochtones et d’autres communautés locales. En fait, les personnes mêmes dont l’intendance au cours des millénaires a protégé la biodiversité qui rend ces terres dignes d’être sauvées sont les mêmes personnes qui sont chassées, puis fusillées comme braconniers s’ils tentent de revenir.

Début septembre 2021, Survival International, Minority Rights Group et d’autres ONG ont organisé une conférence mondiale (Notre terre, notre nature) pour évaluer ce modèle coercitif et colonial de conservation, basé sur la séparation des personnes de leur relation étroite avec la nature. Des peuples autochtones d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ont pris la parole lors de la conférence, ainsi que des chercheurs et des militants qui recherchent un moyen plus efficace de protéger les personnes et la nature. La conférence a coïncidé avec la conférence de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), financé par l’entreprise, promouvant une augmentation mondiale de la superficie des aires protégées. C’est le plan dit 30 x 30 (30% de la surface terrestre protégée d’ici 2030). Du point de vue des conférenciers de la conférence Notre terre, notre nature, ce serait une catastrophe sociale, morale et environnementale.

Julien Basimika, Coordinateur du groupe congolais Actions pour le Regroupement et l’Autopromotion des Pygmées (ARAP), a pris la parole à la conférence Notre terre, notre nature, racontant ses expériences et les dommages causés par le parc national de Kahuzi Biega. 

 

Cliquez ici pour regarder le discours de Julien sur Youtube (avec sous-titres français).

 

Étonnamment, ce site du patrimoine mondial, acheté dans le sang, n’a pas permis une meilleure protection des espèces menacées ou des paysages forestiers. Au lieu de cela, le parc est maintenant envahi par des colonies, milices, mines et opérations de charbon de bois. En chassant les habitants autochtones, les terres du parc sont devenues un lieu d’extraction de ressources illicites et corrompues – ce que Julien a appelé « leur mafia ».

Alors Julien et ses confrères de Kahuzi Biega se retrouvent à plaider pour l’impossible : le développement agricole pour les personnes sans terre ; les droits humains et culturels pour les personnes dont l’identité est la terre qui a été prise ; et la résolution des conflits entre les Batwa et le Parc lorsque la terre est la seule chose qui pourrait résoudre le problème.

Suite à la conférence de septembre, un Manifeste a été rédigé par les participants, proposant une meilleure façon de protéger les paysages, la biodiversité et les hommes. Les peuples autochtones, qui contrôlent actuellement environ 80 % de la biodiversité mondiale, doivent être impliqués dans le processus et habilités à trouver des moyens de protéger ces terres – ainsi que de répondre à leurs propres besoins. En fait, des études montrent que les terres gérées par les communautés protègent mieux la biodiversité que les « aires protégées » dépourvues de population.

IfE a signé le Manifeste et a l’intention de se tenir aux côtés des peuples autochtones alors qu’ils cherchent un moyen de récupérer leurs droits, leur identité, leur bien-être, leur autonomisation et leurs terres. Rejoignez-nous et soutenez cet effort.

 

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